Le 22 mai 2026, le ministère de la Santé de la République de Moldavie a approuvé un nouveau protocole clinique normalisé sur les Soins d’avortement sécurisé, réintroduisant ainsi l’avortement médicamenteux par télémédecine dans les directives cliniques nationales. Bien que cela marque une avancée politique importante, cette réintroduction reste limitée, et un travail considérable reste à accomplir pour garantir un accès équitable aux femmes et aux autres personnes concernées dans tout le pays.
Les services de télémédecine se sont avérés populaires et efficaces en Moldavie.
Le partenaire bénéficiaire de la SAAF, le Centre de formation en santé reproductive (RHTC), a travaillé d’arrache-pied pour introduire l’avortement par télémédecine dans le pays (et en Transnistrie voisine) après le pic de la pandémie de COVID en 2020.
Le succès de leur étude pilote a conduit le gouvernement à approuver la fourniture de soins d’avortement médicamenteux à distance. Celles qui ont pu accéder à des médicaments pour l’avortement de cette manière ont indiqué qu’elles appréciaient l’absence des complications logistiques liées à la nécessité de se rendre plusieurs fois dans une clinique. Elles ont salué le caractère abordable, la rapidité et la facilité d’utilisation du service de télémédecine.
Alors pourquoi une innovation aussi réussie a-t-elle été supprimée ?
En 2024, une pétition a été soumise au ministère de la Santé pour demander l’interdiction de l’avortement par télémédecine.
Un petit groupe d’acteurs anti-avortement a lancé cette contestation, qui contredisait les données probantes mondiales sur l’avortement par télémédecine, lesquelles montrent que cette pratique est sûre, efficace et acceptable pour les patientes.
Le Dr Rodica Comendant, directrice du RHTC, souligne que cette pétition a servi d’alerte précoce indiquant que l’accès à l’avortement médicamenteux par télémédecine était menacé :
« Lorsque la pétition a été déposée, il est devenu évident que l’accès à l’avortement médicamenteux par télémédecine ne pouvait plus être considéré comme acquis. Nous avons compris que les décisions affectant la santé des femmes devaient rester fondées sur des données scientifiques, les principes de santé publique et les réalités auxquelles sont confrontées les femmes qui cherchent à se faire soigner. »
En janvier 2025, le ministère de la Santé a suspendu la pratique de l’avortement par télémédecine.
La décision de supprimer le droit d’accès à l’avortement par télémédecine en Moldavie a représenté un revers important pour celles et ceux qui se heurtent à des obstacles pour accéder à des soins en personne, notamment les personnes vivant dans les communautés rurales.
En réponse, le RHTC a intensifié ses efforts de plaidoyer. En collaboration avec des professionnels de santé, des organisations de la société civile, des experts nationaux et des partenaires internationaux, il a fourni des données sur la sécurité et l’efficacité de la télémédecine, et a souligné l’impact que cette suspension aurait sur l’accès aux soins de santé reproductive.
« Nous avons continuellement fourni des données scientifiques et rappelé à nos collègues l’expérience de la Moldavie en matière d’avortement par télémédecine, ainsi que l’expérience accumulée dans toute la région. Nous avons examiné plusieurs versions préliminaires, échangé de nombreux commentaires, participé à des réunions et travaillé sans relâche pour parvenir à un consensus sur l’intégration de la télémédecine dans le protocole. »
L’avortement par télémédecine a été rétabli, mais uniquement dans des « situations de crise et exceptionnelles ».
L’avortement médicamenteux par télémédecine est à nouveau reconnu dans les directives cliniques nationales de la Moldavie et conforme aux recommandations actuelles de l’Organisation mondiale de la Santé. Mais l’accès de routine reste restreint, et le protocole ne définit pas clairement ce qui constitue une « crise » ou une « situation exceptionnelle ».
« Cette décision représente un progrès, mais ce n’est pas un rétablissement complet. De nombreuses femmes qui pourraient bénéficier des services de télémédecine n’ont toujours pas la garantie d’y avoir accès de manière routinière. L’accès aux soins de santé ne devrait pas dépendre du fait qu’une situation soit officiellement reconnue comme une crise. Les femmes se heurtent chaque jour à des obstacles géographiques, sociaux, économiques et personnels qui peuvent rendre l’accès aux services en présentiel difficile, voire impossible. »
Pour le RHTC, l’adoption du protocole marque la fin d’une phase de plaidoyer et le début d’une autre.
Le prochain défi consistera à élaborer la procédure opérationnelle standard pour l’avortement médicamenteux par télémédecine et à poursuivre les efforts visant à garantir que la télémédecine soit disponible chaque fois qu’elle représente l’option la plus sûre et la plus appropriée pour la personne qui sollicite des soins.
« L’avortement médicamenteux par télémédecine fait son retour dans le protocole national moldave, mais le travail est loin d’être terminé. Notre objectif reste de garantir que toutes les femmes qui ont besoin de ce service puissent y accéder en toute sécurité, de manière équitable et sans obstacles inutiles. »
Le Centre de formation en santé reproductive est un partenaire bénéficiaire de subventions du SAAF basé en Moldavie.


