Je suis infirmière auxiliaire sage-femme dans la province de Karnali. Je travaille comme infirmière depuis presque dix ans. Au Népal, beaucoup de personnes vivent dans la pauvreté et n’ont pas accès à des soins de santé de qualité. Je voulais devenir infirmière pour aider ces personnes. Je fournissais déjà des services comme la planification familiale et la vaccination des enfants. Mais c’est seulement après avoir suivi une formation organisée par Visible Impact que j’ai commencé à fournir aussi des services d’avortement sécurisé.
Les personnes vivant dans ma province ont besoin d’un meilleur accès aux soins d’avortement sécurisé.
J’ai commencé à participer au travail de Visible Impact il y a environ six mois. L’organisation contactait les régions où l’accès aux services d’avortement sécurisé était limité et invitait les établissements de santé à s’inscrire à la formation.
En terminant cette formation, nous pouvons recevoir une autorisation du gouvernement pour fournir des soins d’avortement sécurisé. Mon centre de santé m’a désignée pour participer à cette formation et j’étais très heureuse d’y prendre part. Il existe un réel besoin dans la région où je travaille. Les personnes manquent d’informations sur l’avortement sécurisé et pensent souvent qu’il faut le garder secret. Elles ne savent pas qu’elles peuvent obtenir ce service légalement et gratuitement dans les centres de santé publics. Je voulais suivre cette formation pour aider les personnes qui en ont besoin.
Au Népal, les gens considèrent encore l’avortement comme un crime.
Avant de devenir infirmière, j’avais seulement entendu parler de l’avortement dans ma communauté comme de quelque chose de négatif, dont il ne fallait pas parler ouvertement et qu’il ne fallait surtout pas pratiquer. Lorsque j’étais jeune, l’avortement était considéré comme un crime. Pour cette raison, les personnes ne savent pas toujours qu’elles ont droit à ce service. Lorsqu’elles cherchent à y accéder, elles ont tellement peur que leurs informations personnelles soient divulguées qu’elles parcourent de longues distances pour s’éloigner de leur communauté.
Dans la région où je travaille, les membres du personnel vivent également sur place et nous nous connaissons tous. Les personnes craignent donc que leurs informations personnelles soient communiquées à d’autres membres du voisinage. Elles ont aussi peur d’être jugées négativement parce qu’elles ont une grossesse non planifiée.
Les jeunes qui cherchent à avorter, en particulier les jeunes célibataires, ont particulièrement peur d’être jugés et humiliés. Ils n’osent donc pas demander ouvertement ce service lorsqu’ils en ont besoin. Ils cherchent surtout des informations sur les réseaux sociaux, mais celles-ci ne sont pas toujours correctes. Ils finissent par se rendre dans des pharmacies ou d’autres endroits où ils ne reçoivent pas toutes les informations médicales nécessaires. Ils ne savent pas qu’ils peuvent obtenir ce service gratuitement et en toute sécurité dans les établissements de santé publics.
Il existe aussi des obstacles géographiques, surtout pour les jeunes. Se rendre dans un centre situé en dehors de sa propre communauté peut prendre plusieurs heures, voire un ou deux jours. Pendant la saison des pluies, les bus sont très rares. Un jeune doit donc mentir et inventer une excuse pour expliquer pourquoi il s’absente de l’école, de l’université ou de la maison pendant toute une journée.
Nous devons créer des espaces accueillants et sans jugement afin que les jeunes puissent nous faire confiance.
En tant que prestataires de santé, nous devons rassurer les personnes et leur confirmer que nos services sont réellement confidentiels. Nous devons leur garantir que nous ne communiquerons pas leurs informations personnelles et qu’elles peuvent venir dans le centre situé près de chez elles. Si nous créons un environnement accueillant, elles n’auront pas besoin de voyager aussi loin. Dans mon centre de santé, nous avons une salle séparée pour les consultations sur la planification familiale et l’avortement afin de protéger la vie privée des personnes et de renforcer leur confiance dans le service.

Depuis que j’ai suivi la formation, j’ai déjà fourni des services d’avortement sécurisé à cinq personnes.
Avant la formation, je savais que l’avortement était légal, mais je ne comprenais pas le cadre juridique ni la manière dont les soins d’avortement étaient fournis dans la pratique. La formation intensive nous a permis de comprendre le cadre juridique, mais aussi d’apprendre des techniques de conseil et les compétences pratiques nécessaires pour fournir des avortements médicamenteux et chirurgicaux. Nous avions un mannequin pour nous exercer à réaliser un examen pelvien. Nous avons ensuite pu nous rendre dans un établissement de santé et observer la prise en charge de vraies patientes. Au début, j’avais peur de ne pas bien faire les choses. Mais grâce à toute cette préparation, j’ai trouvé cela facile et j’étais enthousiaste à l’idée de commencer à recevoir moi-même des patientes.
Cette formation m’a permis d’obtenir la certification nécessaire pour devenir prestataire agréée de services d’avortement. Heureusement, mon établissement était déjà enregistré auprès du gouvernement. Il a donc fallu seulement quelques mois avant que je puisse commencer à fournir des soins d’avortement sécurisé.
Ma propre façon de voir les choses a changé : l’avortement est un droit fondamental.
Je suis heureuse de pouvoir fournir ce service aux personnes qui en ont besoin. L’avortement est un droit fondamental reconnu par la loi népalaise.
Je souhaite que d’autres professionnels de santé suivent cette formation afin que les soins d’avortement puissent être proposés dans davantage d’établissements. Nous devons nous assurer que les personnes fournissent des services officiellement autorisés afin que personne ne subisse de conséquences juridiques pour avoir fourni des soins d’avortement.
Je souhaite également que les infirmières et les médecins créent un environnement accueillant pour les personnes. Ils doivent leur garantir qu’ils ne communiqueront pas leurs informations personnelles et éviter de leur poser des questions inappropriées. Les patientes doivent pouvoir compter sur notre confidentialité. Elles doivent savoir que l’avortement est sécurisé et qu’elles iront bien.
Entretien avec Bina Gurung, infirmière-sage-femme formée par Visible Impact dans la commune rurale de Chhingad.


