Je suis journaliste – j’avais déjà entendu parler de CSJ News par le biais de leur travail avec les médias et j’ai été invité à une de leurs formation. Avant d’assister à cette formation, je croyais à tort que l’avortement était un meurtre et que la vie commençait dès la conception. Lors de la formation, nous en avons appris davantage sur les questions relatives à l’avortement et sur le projet de loi sur l’Interruption de Grossesse (TOP bill) au Malawi.
J’ai appris que la loi n’autorise l’avortement que lorsque la vie de la femme est en danger. Mais elle ne précise pas exactement à quel moment. Doit-elle avoir des saignements ? Qu’en est-il du stress causé si elle est enceinte à la suite d’un viol ? Qu’en est-il de l’inceste ? Ne risque-t-elle pas également de perdre la vie en raison de l’impact mental de ces problèmes ?
Ce que j’ai compris de cette formation, c’est que l’avortement sécurisé est une question de droits des femmes et des jeunes filles.
J’ai compris que si une femme veut se faire avorter, elle trouvera un moyen. Ici, au Malawi, la plupart des femmes ont recours à des avortements clandestins qui mettent leur vie en danger.
En lisant les informations qui m’ont été données par CSJ, j’ai appris que les avortements existent depuis longtemps. Les accoucheuses traditionnelles ont toujours eu des moyens de mettre fin aux grossesses. Mais aujourd’hui, les avortements sont pratiqués dans les ruelles. Les femmes et les jeunes filles utilisent de la lessive en poudre, insèrent des tiges de manioc et des rayons de roue de bicyclette, toutes sortes de méthodes dangereuses. Mais je constate que les mêmes personnes qui disent que l’avortement est une mauvaise chose amènent leurs propres petites amies à l’hôpital pour qu’elles interrompent leur grossesse en toute sécurité. Après la formation, j’ai dit non, ces lois affectent négativement les masses les plus pauvres – les personnes qui n’ont pas d’alternative.
Dans la plupart des cas, les femmes qui utilisent des méthodes dangereuses commencent à saigner abondamment, certaines meurent.
Certaines sont renvoyées d’urgence dans les hôpitaux qui leur ont refusé l’avortement.
Elles sont prises en charge parce que les soins post-abortum sont légaux, mais ce processus fait perdre beaucoup d’argent au gouvernement. Ils auraient pu leur donner les pilules pour mettre fin à la grossesse en toute sécurité, mais au lieu de cela, ils finissent par dépenser de l’argent pour essayer de réparer les complications causées par des avortements à risque. Un avortement pratiqué à l’hôpital peut prendre cinq minutes et, au bout de 20 minutes, la femme est rétablie et rentre chez elle. Mais maintenant, cette femme à qui l’on a refusé un avortement sécurisé perd du sang, elle a besoin de banques de sang, de plus de traitements et de médicaments pour l’aider. Cet argent pourrait être utilisé pour d’autres problèmes de santé. Nous dépensons beaucoup d’argent chaque année pour soigner ces femmes, où est la logique ?

Parce que nous nous considérons comme un pays qui craint Dieu, la religion joue un rôle central.
Les chefs religieux enseignent que l’avortement est un péché. Ils disent cela même lorsque la femme a des difficultés à porter sa grossesse ou a été violée, et certaines de ces filles sont violées par leur propre père. En quoi cela est-il juste ? Où la Bible dit-elle que l’avortement est un péché ?
Ces femmes doivent bénéficier de leurs droits, elles doivent choisir de poursuivre ou non la grossesse et les avortements doivent être pratiqués de manière sécurisée.
La loi actuelle sur l’avortement ne donne aucune chance aux femmes. Des personnes vont être pénalisées, voire emprisonnées. La constitution garantit les droits humains, mais n’allons-nous pas à l’encontre de ces droits si nous victimisons les personnes qui ont subi un avortement ? Nous les poussons à recourir à l’avortement à risque, qui est une autoroute vers la mort.
Au Malawi, des filles et des femmes meurent des suites d’un avortement – sommes-nous fiers ?
CSJ a contribué à éliminer les mythes propagés par les journalistes.
Petit à petit, je crois que les gens changent. Je faisais partie de ceux qui pensaient que l’avortement était un péché. Dès que quelqu’un parlait de l’avortement, j’avais déjà des idées préconçues à ce sujet. Les histoires que nous écrivions, et même le langage et les images utilisés étaient mauvais. La plupart des articles présentaient la photo d’une femme enceinte de neuf mois, alors que cette proposition de loi parle de grossesses de quelques mois seulement. Nous nous sommes rendus coupables de donner une image irréaliste de l’avortement.
La formation que nous avons reçue de CSJ nous a aidés à rédiger les meilleurs articles sur cette question. Elle nous a permis d’interviewer des personnes de manière confidentielle et d’utiliser nos compétences en matière d’enquête pour découvrir les problèmes cachés liés à l’avortement. À long terme, je pense qu’en tant que journalistes, nous pouvons plaider en faveur de l’introduction du projet de loi TOP et de l’amélioration de l’accès des femmes à l’avortement sécurisé.
Les médias ont le droit et le devoir de transmettre les bons messages – aux décideurs politiques, mais aussi au public lui-même.
Francis Tayanjah-Phiri – Journaliste formé par CSJ News




