Janvier 2026 marque un nouveau chapitre dans le système pénal indonésien. Le nouveau Code pénal est officiellement entré en vigueur, ainsi que la loi sur l’ajustement des dispositions pénales. Parmi les nombreux changements introduits, l’avortement figure parmi les principales « réformes » juridiques.
En vertu de l’article 463(2) du nouveau Code pénal, l’avortement n’est autorisé que dans deux situations : lorsque la grossesse résulte d’une violence sexuelle et qu’elle est inférieure à 14 semaines, ou lorsque la grossesse implique une urgence médicale. La loi autorise également la fourniture de médicaments abortifs dans ces cas limités.
Le gouvernement a qualifié ces changements de progrès. Mais en réalité, ils ne sont pas suffisants.
La nouvelle loi continue de traiter l’avortement comme un crime et non comme un soin de santé.
L’avortement reste largement interdit, avec seulement quelques exceptions limitées qui sont difficiles, voire impossibles, à obtenir dans la pratique. Au lieu de reconnaître l’avortement comme faisant partie des services de santé publique essentiels, l’État continue de s’appuyer sur la punition et le contrôle pénal.
Sur le papier, les lois existantes autorisent l’avortement dans des cas limités. Dans la pratique, l’accès reste flou. Le ministère de la Santé n’a pas désigné les établissements de santé autorisés à fournir des Services d’avortement sécurisé. En conséquence, les exceptions légales prévues par le nouveau code pénal et la loi sur la santé existent principalement en théorie, et non dans la réalité. Pire encore, ces changements pourraient rendre l’accès plus difficile qu’auparavant. Les services d’avortement sont limités aux établissements de santé de pointe et ne peuvent être fournis que par des spécialistes en obstétrique et gynécologie. Les victimes de violences sexuelles doivent également obtenir des documents auprès des forces de l’ordre. Ces exigences retardent les soins, renforcent la stigmatisation et soumettent les victimes à une pression inutile. Pour beaucoup, elles constituent des obstacles plutôt que des garanties.
Cette approche ignore la réalité à laquelle sont confrontés des millions de personnes en Indonésie.
Les grossesses non désirées restent courantes. Ces grossesses ne sont pas simplement le résultat de « choix individuels », mais de défaillances structurelles : accès limité à la contraception, éducation insuffisante en matière de Santé sexuelle et reproductive et services inadéquats pour les victimes de violences sexuelles.
La violence sexuelle elle-même reste très répandue. Entre 2018 et 2023, Komnas Perempuan a enregistré 103 cas signalés de viols ayant entraîné des grossesses non désirées. Pour les victimes, la grossesse peut être une prolongation du traumatisme. Obliger les personnes à mener leur grossesse à terme ou à surmonter des obstacles juridiques complexes pour accéder à l’avortement n’est pas une protection. C’est un préjudice.
Les conséquences vont au-delà de la Grossesse elle-même. En 2024, Statistics Indonesia (BPS) a signalé que 4,58 % des enfants de moins de cinq ans ne recevaient pas de soins adéquats, soit une augmentation par rapport aux années précédentes. Cela montre comment le fait de forcer les femmes à mener à terme des Grossesses non désirées peut conduire à des situations où les enfants sont élevés sans soutien suffisant. Dans le même temps, la Mortalité maternelle reste alarmant élevée, avec 4 129 décès maternels enregistrés en 2023. Ce ne sont pas des chiffres abstraits, ils reflètent des pertes de vies humaines qui auraient pu être évitées.
L’Indonésie n’a pas encore mis en place un système qui soutient l’avortement sécurisé dans le cadre de la Justice reproductive.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme depuis longtemps que l’avortement est un soin de santé essentiel. L’OMS recommande également la mifépristone et le misoprostol comme médicaments abortifs sûrs et efficaces. Ces méthodes réduisent considérablement les complications et les décès maternels. Pourtant, l’Indonésie interdit toujours la circulation de la mifépristone et continue de privilégier la criminalisation plutôt que les soins.
Les données mondiales sont claires : interdire l’avortement n’empêche pas les Grossesses non désirées. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 45 % des avortements dans le monde sont pratiqués dans des conditions dangereuses, principalement dans les pays en développement. L’Indonésie ne fait pas exception. Les lois restrictives créent des inégalités d’accès : les personnes aisées peuvent trouver des options plus sûres, tandis que les personnes pauvres et marginalisées sont confrontées à des risques pour leur santé et à des poursuites pénales. Dans ce système, la loi ne protège pas la vie. Elle protège les privilèges.
Si l’Indonésie prend au sérieux la Justice reproductive, la réforme juridique doit aller plus loin.
L’avortement doit être dépénalisé. Les obstacles administratifs doivent être supprimés. Les établissements de soins de santé primaires et les médecins généralistes doivent être autorisés à fournir des soins. Des médicaments permettant un avortement sécurisé doivent être mis à disposition, conformément aux recommandations de l’OMS.
Sans ces changements, les nouvelles dispositions du Code pénal en matière d’avortement ne sont guère plus que symboliques. Elles ne sauvent pas de vies. Elles ne protègent pas les survivantes. Et elles ne garantissent pas la dignité. Ce dont l’Indonésie a besoin, ce n’est pas d’une réforme partielle, mais d’une véritable volonté politique de traiter la santé reproductive comme une question de justice, et non comme un crime.
Par Maidina Rahmawati, directrice adjointe de l’Institute for Criminal Justice Reform, partenaire de SAAF en Indonésie.




