L’avortement est désormais disponible sur demande au Kirghizistan 

L’avortement est légal au Kirghizistan, du moins sur le papier. Cependant, pendant de nombreuses années, ce statut juridique ne s’est pas toujours traduit par un accès réel, rapide et sûr pour les femmes et les jeunes filles. 

Des réglementations obsolètes et des exigences complexes ont créé un fossé entre la loi et la pratique. Les prestataires de services ont travaillé dans l’incertitude, tandis que celles qui souhaitaient bénéficier de ces services ont été confrontées à la stigmatisation, aux retards et aux risques. Le droit à l’avortement en théorie ne s’est pas toujours traduit par des services accessibles dans la pratique. 

Mais avec le soutien du Fonds d’Action pour un Avortement Sécurisé (SAAF), à l’Alliance pour le planning familial (FPA), nous nous sommes attachés à combler ce fossé en menant un plaidoyer cohérent visant à modifier les directives nationales. Et aujourd’hui, pour la première fois, la réglementation nationale en matière d’avortement reflète le droit légal des femmes à interrompre une grossesse à leur demande. 

Les femmes n’ont plus à « donner de raisons » pour justifier leur décision d’interrompre leur grossesse, elles ont désormais le droit d’avorter sur demande. 

La réglementation concernant l’avortement a été mise à jour en décembre 2025. 

La réglementation précédente devait être mise à jour afin de refléter les directives cliniques, les normes internationales et la législation actuelles. Elle comportait des exigences excessives et des approches dépassées, notamment la nécessité de justifier par des raisons sociales pour pouvoir accéder à une interruption de grossesse entre 12 et 22 semaines, ce qui renforçait la stigmatisation, compliquait l’accès et créait une incertitude juridique pour les prestataires et les patientes. Auparavant, l’interruption de grossesse pour des « indicateurs sociaux » pendant cette période de gestation nécessitait une justification documentée (par exemple, le décès du mari ou la preuve que la grossesse résultait d’un viol). Ces pièces justificatives devaient être approuvées par un comité qui se réunissait une fois par semaine. Bien sûr, la suppression de ces exigences supplémentaires améliorera l’accès et supprimera la nécessité pour les femmes de « prouver » leur éligibilité aux services d’avortement. 

Il s’agit d’une avancée historique importante pour les droits reproductifs des femmes au Kirghizistan. 

Nous avons assisté à une évolution des restrictions contraignantes vers la sécurité, la dignité et le choix. En 2024, nous avons lancé un processus avec le ministère de la Santé afin de mettre en œuvre une réforme complète de la politique nationale et du cadre réglementaire et financier des Services d’avortement sécurisé. Cela a conduit à l’adoption d’une réglementation révisée supprimant complètement les indicateurs sociaux pour l’interruption de grossesse, à la modernisation des normes de prestation de services conformément aux directives de l’OMS et, pour la première fois, à l’inclusion des Services d’avortement sécurisé dans le panier de services médicaux de base du programme de garanties de l’État, garantissant leur gratuité à tous les citoyens enregistrés. 

Le plaidoyer de la FPA s’est concentré non seulement sur la mise à jour des réglementations, mais aussi sur leur mise en œuvre pratique dans le système de santé. 

L’une des principales réalisations a été l’inclusion des services d’avortement sécurisé dans le programme de garantie de l’État pour les soins médicaux. Pour la première fois dans l’histoire du Kirghizistan, ces services ont été intégrés dans le panier de soins de base, ce qui a considérablement amélioré la durabilité institutionnelle et l’accessibilité pour les femmes. Les calculs financiers ont montré que le coût par habitant est minime, ce qui rend cette mesure viable et réalisable pour le système de santé, tout en étant d’une importance cruciale pour la santé des femmes. 

L’accès à l’avortement va au-delà de la clinique. 

Notre expérience nous montre que l’accès réel à l’avortement sécurisé dépend non seulement de la disponibilité dans les établissements médicaux, mais aussi de son intégration dans le système de santé public. 

L’inclusion des Services d’avortement sécurisé dans la prestation de soins médicaux de l’État a constitué une avancée systémique. Ce service a cessé d’être une exception ou un domaine d’incertitude et est devenu officiellement garanti, reconnu et soutenu par l’État. 

Pour les femmes, cela signifie des changements réels : 

• une accessibilité financière accrue des services d’avortement ; 

• une compréhension claire du caractère légal et garanti du service ; 

• une réduction de la peur et de la stigmatisation lors de la recherche de soins ; 

• des voies d’accès aux services plus transparentes ; 

• une meilleure connaissance de leurs droits et de leurs options ; 

• une plus grande confiance dans le système de santé. 

Ainsi, le droit à l’avortement sécurisé a commencé à se concrétiser dans la pratique. 

Il s’agit d’un changement essentiel, mais il reste encore beaucoup à faire. 

Pour les femmes et les filles du Kirghizistan, l’écart entre les droits formels et l’accès réel peut faire la différence entre des soins sûrs et des risques graves pour la santé. 

Le succès que nous avons constaté dans la modernisation de la réglementation en matière d’avortement montre que le plaidoyer est un outil pratique qui relie la politique, les soins de santé et la vie réelle des femmes. 

Le soutien du Fonds d’Action pour un Avortement Sécurisé (SAAF), mis en œuvre par l’Alliance pour le planning familial (FPA), a rendu ces changements possibles. La prochaine étape consiste à mettre en œuvre ces changements de manière durable, à former les professionnels de santé, à sécuriser les données médicales et à contrôler la qualité des services afin de garantir que le Droit à l’avortement sécurisé soit réellement accessible à toutes les femmes au Kirghizistan. 


Par Baktygul Bozgorpoeva, Family Planning Alliance (FPA), partenaire du SAAF au Kirghizistan.